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Danielle Truss : la conception des costumes de Vendetta
23 avril 2018
Les danseurs répétant le spectacle Vendetta

D’où vous est venue l’inspiration pour créer les costumes du spectacle (d’une époque, d’un designer, d’un film...)?

Pour Vendetta, j’ai été tentée d’aller directement vers les films de mafia et de gangsters, les films mettant en vedette James Cagney et Humphrey Bogart, tout comme les films noirs des années 1930 et les vieux films hollywoodiens. Mais une fois qu’il a été déterminé que l’action se passerait dans les années 1950 et 1960, je me suis vraiment concentrée sur cette époque. Ma plus grande inspiration est venue des comédies musicales où j’ai découvert les astuces utilisées par les créateurs de costumes pour bien montrer le mouvement et concilier style et fonction.

Comment était-ce de travailler avec la chorégraphe Annabelle Lopez Ochoa et les danseurs des Grands Ballets?

C’est en fait ma cinquième collaboration avec Annabelle Lopez Ochoa, et chaque projet a été totalement différent. Annabelle encourage toute l’équipe à s’immerger dans ses projets, qui sont basés sur une histoire ou une trame narrative importante, et à en devenir une partie intégrante. Elle me pousse à donner le meilleur de moi, et même quand je suis irritée ou contrariée et que je n’ai plus rien à donner, je découvre une piste nouvelle. Elle m’a aussi beaucoup appris sur la danse et le fait d’être une femme dans le milieu des arts.

Les danseurs des Grands Ballets sont non seulement extrêmement élégants et talentueux, ils sont aussi drôles et intelligents! Si j’avais une question ou si j’avais besoin de quelque chose, ils étaient toujours à l’écoute. Ils aiment énormément ce qu’ils font et ils veulent le faire au meilleur de leurs capacités. Ainsi j’encourage toujours un dialogue ouvert : si le design doit être sacrifié au profit d’une meilleure amplitude de mouvements, alors nous pouvons trouver une autre solution, même si je tiens au design!

Racontez-nous votre parcours de créatrice de costumes. Avez-vous créé des costumes pour d’autres productions de ce genre?

J’ai su que je voulais coudre pour gagner ma vie dès mon premier cours de textile, à l’âge de 13 ans. Trouver le métier convenant à mes passions et à ma personnalité m’a pris environ 15 années de plus, et c’est arrivé presque par accident ; j’ai étudié la mode, les textiles et la couture, mais après chaque cours, je réalisais que si j’étais douée pour cela, le métier ne me convenait pas. J’ai déménagé du Royaume-Uni aux États-Unis, j’ai décidé de retourner à l’école pour étudier l’histoire de l’art et devenir historienne, et c’est à ce moment que j’ai trouvé un emploi comme chef de l’atelier de costumes au Grand Rapids Ballet. J’ai postulé, et j’ai eu le poste.

Le ballet constitue un véritable défi; c’est une forme d’art à part entière. J’adore la création de costumes parce que c’est un métier qui exige une certaine humilité et qui est tourné vers les autres. Et si je fais bien mon travail, mon apport se fondera harmonieusement à la pièce, et cela contribue à toucher le public.

Quel a été votre plus grand défi?

Probablement celui de croire en moi et de croire que je pouvais réussir. Quand j’y suis arrivée, tout est devenu plus simple. Je me disais : « Je n’ai qu’à essayer », et le pire qui aurait pu arriver aurait été de me faire dire non. C’est probablement la même chose pour la plupart des artistes! Les regrets peuvent également vous ronger si on s’y abandonne trop longtemps.

Qu’est-ce qui différencie la création de costumes pour une production de danse d’une pièce de théâtre ou d’un simple vêtement de mode ? Qu’est-ce qui s’avère le plus difficile par rapport à une pièce pour la danse?

Quand on conçoit ou confectionne des costumes pour la danse, il faut essentiellement déconstruire ce que l’on a créé et évaluer la fonctionnalité, le confort et le but de chaque morceau. On ne peut pas simplement choisir un tissu parce qu’il nous plaît; il faut penser à la durabilité et à l’usure ; et en plus, les costumes doivent être époustouflants parce que les danseurs doivent non seulement se sentir à l’aise et en confiance, mais aussi avoir l’air magnifiques.

Pour Vendetta, le plus grand défi était de trouver la juste toile de fond temporelle. Dans la phase d’élaboration il y a un an, Annabelle et moi avons beaucoup voyagé dans le temps. Nous nous sommes d’abord intéressées aux années 1920 et 1930, à l’époque du jazz et de la Grande Dépression, puis aux années 1970, ce qui a été finalement abandonné parce que cela ne semblait pas cohérent. Je crois que les années 1940 ont été brièvement envisagées, mais cela ne collait pas au personnage principal de Rosalia ; la période d’avant les années 1950 n’était pas compatible avec le scénario et avec les dates historiques réelles (puisque l’adoption de la loi sur l’égalité des droits aux États-Unis date de 1972). Je pense que ses luttes en tant que femme « libérée », dans le contexte de cette époque de la femme au foyer, donne de la profondeur à l’histoire.

Qu’est-ce qui vous a le plus plu?

Franchement, tout, chaque personne avec qui je travaille à l’atelier de costumes, les danseurs, Montréal, une ville inusitée et unique, et de voir à quel point tout le monde a été accueillant et ouvert avec moi. J’en suis si reconnaissante.

Qu’espérez-vous que le public voie dans les costumes et le spectacle?

J’espère que les spectateurs seront pris par le spectacle. C’est une histoire où l’on peut sans peine s’identifier aux personnages, aux luttes familiales, aux conflits, à leurs doutes et à l’amour. Quant aux costumes, je souhaite qu’ils rappellent tout le glamour et l’élégance des années 1950 et 1960.

Distribution
23 avril 2018
Les danseurs des Grands Ballets en répétition de Vendetta
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