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La saison des premières
23 avril 2019
Une illustration d'Amélie Grenier pour le printemps

Des douze mois de l'année, avril est le plus intense. C’est sans doute dû à la fureur avec laquelle nous vivons chaque émotion, mais aussi aux polarités de ces émotions. Trente jours où le meilleur et le pire jouent au ping-pong; où les petites victoires sont des triomphes et les déceptions sont abyssales. Et particulièrement cruelles.

Des études récentes démontrent que pour chaque rayon chaud de soleil qui nous tombe dessus par surprise, dix centimètres de neige tomberont ensuite, nous ramenant trois mois dans le passé.

C'est aussi la période idéale pour notre troisième rhume de la saison, aussi connu sous le nom d'os&% de cr&# de rhume de mar$# de fin d'hiver.

Il est trop tôt dans l'année pour avoir oublié notre résolution annuelle de se remettre en shape au Nautilus Plus, mais trop tard dans l'hiver pour ne pas éclater d’un rire nerveux et désespéré à l’idée seule de se déplacer pour s’y rendre.

Et quand c'est pas le froid, quand c'est pas la neige, c'est le fléau secret du printemps: les crottes de chien. Partout résurgentes en ville, la fin de la neige nous rappelle que beaucoup trop de gens pensent commettre le crime prétendument parfait en laissant pitou faire ses besoins dans la neige avant de l'enterrer d'un coup de botte (tout en se frottant les mains d’un geste machiavélique).

Avril est là pour rappeler à nos semelles de chaussures que la crotte, ça ne fond pas avec le reste.

Avril nous fait ouvrir l'album «Cancun 2018» sur notre téléphone. Avril nous fait googler "hibernation". Avril fait mal.

Cette douleur nationale sert cependant à quelque chose. Quelque chose qui est sur le pas de notre porte: avril, c’est le début de l'espoir. C’est cette fébrilité qui nous fait zigner du pied en-dessous de la table quand on y pense.

Parce qu’avril, c'est aussi la première journée où on laisse bravement son foulard accroché à la maison. On se fera aussitôt dire "en avril, ne te découvre gna gna gna..." ce à quoi on répondra l'hymne du déni qui commence par quelque chose comme «LA LA LA LA».

C'est la première journée où l'on voit notre première pousse de gazon. Oui, elle est jaune, écrasée et recouverte de vieilles retailles de Publisac transformées en papier mâché mais elle est là! Elle est là et nous sourit et nous dit que ça achève.

La première journée où l'on ose échanger ses grosses bottes de neige pour ses sneakers et au diable les cacas canins.

Et puis le printemps, le vrai, celui qu'on voit dans les livres pour enfants et les dépliants touristiques de Montréal, arrive. Les premières odeurs de la plate-bande de notre voisine de ruelle se font sentir.

Le printemps, c’est la saison des premières: la première terrasse avec un vent qui nous flatte dans le sens du poil. Le premier festival sur une rue piétonne. L'hiver est déjà loin derrière, même s'il date de la semaine passée.

Montréal est reconnue pour son beau temps lorsqu’il finit par se pointer. Cette reconnaissance, c'est nous qui l'avons construite. Et nous avons seulement pu la bâtir grâce à cette montagne russe d’émotions printanières, précédées par un hiver impitoyable de six mois et couronné par un mois d'avril aux multiples trahisons météorologiques. C’est ce moment précis dans l’année qui donne un réel sens à tout le bon qui s'en vient, et qui nous donne cet instinct connu de la fête et de la gratitude. On y est presque.

par Simon-Albert Boudreault

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