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Les premières critiques de Giselle en 1841
18 mars 2019

L’histoire de Giselle, l’un des joyaux du répertoire de ballet romantique français, chorégraphié à l’origine par Jules Perrot et Jean Coralli en 1841 et recréé par Marius Petipa en 1903, est bien connue et appréciée. Cette saison, l’adaptation de Giselle par Les Grands Ballets est mise en scène sous une forme traditionnelle par Ivan Cavallari, assisté de Marina Villanuava.

Giselle a le cœur brisé lorsqu’elle découvre qu’Albrecht, l’homme qu’elle aime, est en réalité un prince fiancé à une autre femme. Dévastée par le chagrin et consumée par son ardent désir, la jeune paysanne succombe à la folie et meurt. Elle rejoint les esprits fantomatiques des Wilis, ces jeunes fiancées mortes avant leurs noces qui condamnent les hommes à danser jusqu’à la mort.

Les critiques décrivent souvent Giselle comme le ballet parfait. Le public s’identifie à l’aspect humain de l’histoire : l’amour et la trahison dans l’amour sont des thèmes récurrents, fréquemment abordés. Dans Giselle, une jeune femme admet non seulement la vérité, mais au deuxième acte, elle finira par accepter la duplicité de son amant.

S’il y a eu beaucoup de Giselle légendaires, notamment Anna Pavlova et Tamara Karsavina, Carlotta Grisi incarna la première le double rôle-titre de ce ballet qui représente encore aujourd’hui un défi pour les ballerines : la paysanne sensuelle et ludique du premier acte se transformant en Wilis dans le second acte.

Le 12 janvier 1915, le critique Akim Volynsky, dans sa critique du journal Birzhevye vedomosti, décrit Giselle comme un « monument... une œuvre fantastique ». Il s’extasie sur la performance de Grisi : « Avec son visage d’enfant et son regard exprimant une joie candide, Grisi mérite plus que des louanges. » Dans la célèbre scène de folie de Giselle, il souligne « le trouble tendre, élégant, presque doux » qui se dégage de la prestation de la ballerine.

Dans son ouvrage Apollo’s Angels, l’historienne et critique de danse Jennifer Homans replace adroitement Giselle en contexte comme « le premier ballet moderne ». Elle décrit comment « les romantiques français ont inventé le ballet tel que nous le connaissons aujourd’hui en brisant l’emprise des mots, de la pantomime et de l’histoire sur la danse, redéfinissant totalement cet art –– il n’était plus question d’hommes, de pouvoir et de manières aristocratiques, de dieux classiques ou d’actes héroïques, ni même d’aventures villageoises pittoresques ». Au lieu de cela, écrit Homans, « c’était un art mettant en valeur les femmes, habile à esquisser le royaume nébuleux des rêves et de l’imagination ».

Selon Jennifer Homans, Giselle et d’autres ballets romantiques ont apporté de nouveaux développements audacieux en utilisant « le mouvement, le geste et la musique pour capturer une pensée fugitive évanescente – afin de donner une forme physique et théâtrale concrète à l’immatérialité de l’esprit ». Et ainsi, dans un tournant évolutif, la danse elle-même acquiert ses lettres de noblesse.

Ce qui importe, c’est que le public s’identifie à la tragédie de Giselle. Les danseurs doivent incarner l’œuvre avec sincérité, mais sans sentimentalisme. Laissez-vous emporter et émouvoir par la pureté et le flot d’émotions de Giselle.

Par Philip Szporer

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