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Un roman au parcours épique
11 septembre 2018
Un livre ouvert

D’abord publié en Italie en 1928, le dernier roman de l'auteur britannique David Herbert Lawrence, L'Amant de Lady Chatterley, ne fut accessible à ses compatriotes qu'en 1960. Avant cela, il était proscrit de faire circuler ce livre (ou tout autre roman du genre!) au Royaume-Uni sous peine d'emprisonnement, puisqu'il contenait des scènes sexuelles explicites de même qu'un vocabulaire jugé vulgaire. Magistrats et autres décideurs craignaient que ce type de lecture sème la dépravation au sein de la population. Le récit de D.H. Lawrence menaçait non seulement de corrompre les dames en les incitant à la luxure et à l'adultère, mais il pouvait aussi amener la classe ouvrière à considérer qu'elle pouvait frayer avec les aristocrates.

En 1959, une nouvelle loi fut instaurée, précisant qu'il fallait dorénavant examiner l'ouvrage en entier (plutôt que seulement ses extraits estimés obscènes) afin de décider de son sort. Si on arrivait à prouver en cour que l’œuvre ciblée possédait une valeur littéraire malgré son caractère osé – et donc qu'il ne s'agissait pas de pure pornographie – celle-ci pouvait être publiée. C'est la sulfureuse création de Lawrence qui éprouva pour la première fois cette nouvelle législation devant les tribunaux. Son éditeur, Penguin Books, obtint gain de cause en 1960.

Ce procès, de même que ceux qui ont eu lieu à la même époque au Canada et aux États-Unis, a ouvert une brèche majeure dans la censure étatique en cours jusque-là. On peut ainsi soutenir que L'Amant de Lady Chatterley a non seulement marqué l'histoire littéraire anglo-saxonne – ce qui est loin d'être anodin – mais que ce roman a changé le cours de l'Histoire. En effet, ces victoires juridiques ont favorisé la prééminence de la liberté d'expression en Occident ainsi que l'essor de la révolution sexuelle. Son auteur, hélas décédé en 1930, n'aura pas vécu assez longtemps pour connaître toute la portée qu'aura eue son œuvre.

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