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Boris Eifman, "magicien du théâtre"
17 janvier 2018
Requiem

Boris Eifman, directeur artistique

Artiste du peuple de la Fédération de Russie et lauréat du Prix d’État de la Fédération de Russie

Boris Eifman, fondateur et créateur de son propre théâtre, de son propre style et de son propre univers de ballet, naît en 1946 en Sibérie. Aujourd’hui considéré comme « l’un des meilleurs chorégraphes au monde » ou encore comme un « impressionnant magicien du théâtre », il cherche à exprimer ses émotions et ses pensées à travers le langage corporel, la danse, depuis son plus jeune âge. Il le dit lui-même plus tard : « Pour moi, le ballet est plus qu’une profession. C’est une façon de vivre, ma mission sur Terre. À travers lui, je sens le besoin de communiquer ce que je reçois d’en haut. Mes émotions finiraient sans doute par m’étouffer si je n’avais pas la possibilité de les exprimer à travers l’art. Pour moi, la chorégraphie est un art profondément religieux, au sens large du terme ».

Son sens inné du mouvement et son « besoin de composer » le mènent au Conservatoire de Leningrad, où il étudie l’art de la chorégraphie, et à l’Académie de ballet Vaganova, où il travaille dix ans en tant que chorégraphe, créant de nouvelles œuvres pour les présentations d’étudiants. Il fonde sa propre troupe de ballet en 1977 et c’est à ce moment que l’histoire Eifman commence : alliant son talent, ses efforts et son énergie, il travaille jour et nuit à la création de son propre théâtre.

Eifman combine savamment des réalisations jamais vues dans le monde du ballet et sa formation de chorégraphe classique russe, dans laquelle il trouve ses racines. « On pourrait appeler mon art la danse des émotions, la danse libre, un nouveau langage dans lequel le ballet classique, la danse moderne, les impulsions extatiques et plusieurs autres éléments se fondent ». Ses danseurs, au parcours exclusivement académique, doivent apprendre le vocabulaire du mouvement corporel. Il s’agit d’un tout nouveau genre de chorégraphie dont le pilier fondamental prend forme au fur et à mesure qu’Eifman modèle sa troupe.

Au fil du temps, celle-ci devient ballet-théâtre. Ce changement de substantif reflète la formule essentielle de la démarche créative d’Eifman. En tant qu’artiste au penchant pour le théâtre, il cherche non seulement à chorégraphier les variations de mouvements, mais également les actions intérieures transparentes ou toute autre idée relative à la performance. « Je crée des ballets différents, centrés sur l’expression personnelle où l’on retrouve du drame, de la philosophie, des personnages et une idée. Je suis persuadé qu’il s’agit du ballet du futur. Croyez-moi, plusieurs de mes jeunes collègues suivront mes pas et cette route mène peu à peu à l’homme. »

Cet homme, tel que défini par Eifman, est le sujet et l’intérêt principal d’un art qui a le pouvoir d’influencer le cœur et l’âme des gens. Pour Eifman, le ballet est un moyen de contemplation, ou, dans ses propres mots, « l’occasion, à travers le mouvement, de non seulement exprimer une sorte de forme ou de ligne, mais de communiquer un flot d’émotions, d’énergie, d’idées… »

Pratiquement toutes les œuvres d’Eifman comptent une intrigue et, souvent, une source littéraire. C’est d’ailleurs la marque de son théâtre et ce trait reflète parfaitement son credo artistique. « Je ne dis pas ne pas me soucier du texte chorégraphique et de sa qualité ou du degré d’imagination ou de la forme parfaite… Si j’ai besoin d’une base littéraire, c’est plutôt parce que je cherche à me plonger dans une sorte de monde que je connais, que mon public connaît, et dans ce monde familier, je tente de découvrir et de révéler l’inexploré. »

C’est probablement cette immersion dans le monde de l’inexploré, en ce qui a trait à la chorégraphie et à la sphère d’idées, qui caractérise l’art de Boris Eifman. Lorsqu’il exploite des œuvres littéraires ou les histoires de vie de Molière, de Paul I (empereur de Russie), de Tchaikovski ou de Rodin, Eifman détecte immanquablement des nuances que personne ne saisit, il trouve ce qui surprend et décèle de nouvelles significations. À travers des métaphores visuelles exprimées par le mouvement, que l’on pourrait comparer à des songes codés figurés dans lequel les fantaisies et les impulsions vagues prennent différentes formes visuelles, Eifman extériorise le cœur d’un texte littéraire ou de la vie d’un artiste. Le théâtre d’Eifman est souvent qualifié de psychologique. Ses ballets sont des analyses plastiques dans lesquelles se révèle la profondeur psychologique des histoires et des personnages, qu’ils soient fictifs ou réels.

Lorsque Eifman s’approprie les œuvres de grands auteurs ou les vies de génies et les traduit en ballet, s’enchaîne une immersion touchant le physique, le psychique, le corps, l’âme, les mots et les idées. Son lexique unique ainsi que ses interprétations conceptuelles d’auteur ouvrent sur une dimension fantastique où les mondes intérieurs ne connaissent aucune limite.

Requiem en répétitions
17 2018
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