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Requiem, extraits du poème d'Anna Akhmatova
17 janvier 2018
Requiem

Extraits du poème Requiem d'Anna Akhmatova

Devant cette affliction s’inclinent les montagnes,
Et suspend son cours la rivière hautaine,
Mais solides sont les enceintes des bagnes,
Derrière ces murs, comme des terriers dans ces bagnes,
Où s’enterre une mortelle peine.


En ce temps-là, avaient le sourire facile
Les morts seuls, de leur tranquillité jouissant.
Et Leningrad pendait comme un appendice inutile,
A ses prisons s’accrochant.
En ce temps-là, rendus fous d’être torturés,
Défilaient des régiments de condamnés,
De leurs sifflets, les locomotives avaient chanté,
Brièvement une séparation annoncé.
De funèbres étoiles au-dessus de nos têtes,
Se tordait la Russie, de tout péché pure,
Sous les bottes, de sang couvertes...


On t’avait relâché à l’aurore,
En procession funèbre, derrière toi j’avais marché,
Les enfants pleuraient dans la chambre sombre,
Près des images saintes le cierge avait coulé.


Voilà une femme malade,
Cette femme, de solitude,
Son mari est mort, son fils prisonnier,
Priez pour moi, veuillez prier.


Déjà dix-sept mois à crier,
Je t’appelle et te veux chez moi.
Aux pieds du bourreau me jeter;
Tu es mon fils et mon effroi.
Confondus hier comme demain,
Où distinguer m’est impossible
La bête sauvage de l’humain,
La peine, jour imprévisible.


Et les semaines fugitives de s’envoler,
Je ne puis comprendre ce qui t’arriva.
Comment sur toi, ô mon fils qu’on emprisonna
Les nuits blanches ont dû veiller,
Comme elles te veillent encore
De leur oeil ardent d’épervier,
De ta croix haute ne font que parler
Et d’évoquer la mort.


Ni les yeux fous de mon enfant, au visage
Figé de souffrance,
Ni le jour de l’orage,
Ni le parloir, heure d’importance...


Et je ne prie pas pour moi seule,
Mais pour toutes celles qui, avec moi, se tenaient ici,
Dans le gel comme sous la canicule,
Au pied du mur aveugle et rougi.

Entrevue avec Emma Garau Cima
17 2018
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